À Thiès, à une soixantaine de kilomètres de Dakar, le retour annoncé du train de voyageurs suscite un immense espoir. Longtemps considérée comme la capitale du rail au Sénégal, la ville n’a plus vu circuler de trains de voyageurs depuis les années 1990. L’annonce du gouvernement, début 2026, de relancer cette liaison stratégique a ravivé les souvenirs d’un passé prospère et nourri les ambitions d’un avenir plus dynamique.
Cette relance s’inscrit dans le cadre de la Vision Sénégal 2050, qui ambitionne de renforcer les infrastructures de transport afin de soutenir le développement économique et territorial du pays. Pour les autorités, le rail doit redevenir un moteur de croissance, capable de désengorger Dakar tout en favorisant l’émergence de pôles régionaux comme Thiès.
Une ville marquée par son histoire ferroviaire
Dans les quartiers proches de l’ancienne gare, les anciens cheminots évoquent avec émotion l’époque où le train rythmait la vie de la cité.
« Quand le train entrait en gare, toute la ville prenait vie », se souvient Aly Sow, président de l’association des cheminots retraités.
Pour Moustapha Fall, ancien conducteur de locomotive, le retour du train représente bien plus qu’un simple moyen de transport :
« Ce sera extraordinaire. La ville va revivre. Les jeunes pourront travailler, étudier et se déplacer plus facilement. »
Ces témoignages traduisent l’attachement profond des Thiessois à une infrastructure qui a longtemps façonné l’identité économique et sociale de la ville.
Une réparation attendue depuis plus de vingt ans
Le renouveau du rail s’accompagne également d’une mesure fortement symbolique. Le ministre des Infrastructures, Yankhoba Diémé, a annoncé le déblocage de 3 milliards de francs CFA destinés au paiement des arriérés de cotisations des anciens cheminots auprès de l’IPRES.
Cette décision met fin à plus de deux décennies d’attente pour de nombreux retraités qui réclamaient la régularisation de leur situation sociale. Pour beaucoup, cette mesure représente une reconnaissance du rôle joué par plusieurs générations de travailleurs du rail dans le développement du Sénégal.
Un enjeu majeur pour les déplacements quotidiens
Chaque jour, des milliers d’habitants de Thiès effectuent le trajet vers Dakar pour travailler, étudier ou accéder à certains services administratifs. Une réalité qui entraîne souvent de longues heures passées dans les embouteillages.
« On part tôt, mais on ne sait jamais à quelle heure on arrive », explique Awa Diene, habituée des déplacements quotidiens vers la capitale.
L’extension du Train Express Régional (TER) jusqu’à Thiès pourrait considérablement réduire ces contraintes, améliorer la mobilité des populations et offrir une alternative plus rapide, plus sûre et plus confortable au transport routier.
Un levier pour l’économie et l’emploi
Au-delà du transport des voyageurs, le projet est perçu comme un puissant accélérateur de développement économique.
Pour l’Agence française de développement (AFD), partenaire du programme, l’objectif dépasse la simple connexion entre Dakar et Thiès.
« Il ne s’agit pas seulement de relier deux villes, mais de redistribuer les opportunités sur l’ensemble du territoire », souligne Mihoub Mezouaghi, directeur de l’AFD à Dakar.
Le secteur privé partage cet optimisme. Ibrahima Macodou Fall, dirigeant de la Nouvelle Société Sénégalaise de Textile, estime que l’amélioration des infrastructures ferroviaires renforcera la compétitivité des entreprises locales.
De son côté, l’entrepreneur Maguèye Badiane, revenu d’Allemagne pour investir à Thiès, observe déjà un déplacement progressif de l’activité industrielle vers la région.
« Si le train arrive, cela encouragera davantage d’entreprises à s’installer ici », affirme-t-il.
Les experts estiment que la modernisation du réseau pourrait favoriser la création de milliers d’emplois directs et indirects dans les secteurs du commerce, des services, de la logistique et de l’industrie.
Un projet stratégique pour l’avenir du Sénégal
L’extension du TER constitue la troisième phase d’un programme ambitieux déjà déployé entre Dakar, Diamniadio et l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD).
La future gare de Sébikotane, qui s’étendra sur plus de 1 500 m² au cœur d’un site de 1,3 hectare, jouera un rôle central dans l’organisation des correspondances entre Dakar, Thiès et Mbour.
À plus long terme, les autorités envisagent de renforcer le corridor ferroviaire Dakar-Kidira et d’ouvrir la voie à une connexion vers Tambacounda, voire Bamako. Une perspective qui pourrait redonner au Sénégal un rôle stratégique dans les échanges régionaux en Afrique de l’Ouest.
L’espoir d’une nouvelle dynamique
Dans les rues de Thiès, l’impatience est palpable. Pour de nombreux habitants, le retour du train représente une opportunité de relance économique mais aussi un symbole de renouveau.
Zakaria Ba, cireur de chaussures, résume ce sentiment partagé :
« On a besoin de nouveaux emplois. Ça va transformer Thiès. On le prend quand, le prochain train ? »
Au-delà des rails et des infrastructures, c’est tout un territoire qui espère retrouver son dynamisme. Pour Thiès, le train n’est pas seulement un moyen de transport : il incarne l’espoir d’un nouveau départ.
Le retour du train à Thiès dépasse la simple question du transport. Pour de nombreux habitants, il symbolise la renaissance d’une ville qui a longtemps joué un rôle central dans le développement ferroviaire du Sénégal. Si le projet se concrétise dans les délais annoncés, il pourrait transformer durablement la mobilité, l’emploi et l’attractivité économique de toute la région.
Source : Senego. Article enrichi et analysé par la rédaction de MamadouGalsen.com.
