Dakar – Dans un entretien exclusif accordé à France 24 et RFI, le président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Ousmane Sonko, a tenu à rassurer l’opinion publique sur l’évolution de ses relations avec le président Bassirou Diomaye Faye. Tout en reconnaissant l’existence de divergences politiques et programmatiques, l’ancien Premier ministre affirme qu’aucune rupture institutionnelle ne menace le pays.
Une séparation politique, mais pas une crise d’État
Alors que les spéculations se multiplient autour des tensions entre les deux figures majeures du Pastef, Ousmane Sonko a rejeté l’idée d’une confrontation susceptible de fragiliser le Sénégal.
« Je peux rassurer tout le monde qu’il n’y aura pas de déchirure », a-t-il déclaré, estimant que l’intérêt supérieur du pays doit prévaloir sur les différends politiques.
Cette prise de position intervient quelques semaines après des déclarations du président Bassirou Diomaye Faye appelant à préserver l’unité nationale malgré les désaccords.
2029 : Sonko entretient le suspense
Interrogé sur une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2029, Ousmane Sonko a refusé de se prononcer clairement.
Selon lui, il est encore trop tôt pour évoquer les candidatures. Il rappelle que le choix du candidat reviendra aux instances du Pastef au moment opportun.
Cette prudence laisse néanmoins ouverte la perspective d’une future bataille politique au sein même de la majorité qui avait porté le duo Sonko-Diomaye au pouvoir.
Une Assemblée nationale au cœur du jeu institutionnel
À la tête d’une Assemblée nationale largement dominée par le Pastef, Ousmane Sonko affirme vouloir renforcer le rôle du pouvoir législatif tout en travaillant en complémentarité avec l’exécutif.
Il assure ne pas vouloir utiliser l’institution comme un instrument de blocage politique et promet d’accorder au gouvernement le temps nécessaire pour mettre en œuvre son programme.
« Nous ne serons pas dans des logiques politiciennes de censure », a-t-il indiqué.
Élections locales : Sonko refuse tout report
Sur le calendrier électoral, le président de l’Assemblée nationale s’est montré catégorique. Les élections locales prévues début 2027 doivent, selon lui, être organisées à la date prévue.
Pour Ousmane Sonko, aucun motif sérieux ne justifie un report du scrutin. Il appelle ainsi les autorités compétentes à respecter les délais légaux afin de garantir la crédibilité du processus démocratique.
Dette publique : priorité aux intérêts du Sénégal
Abordant la question de la dette et les discussions à venir avec le Fonds monétaire international (FMI), Sonko défend une approche axée sur la souveraineté économique.
S’il se dit favorable au dialogue avec les partenaires financiers internationaux, il avertit que toute solution qui compromettrait les ambitions de transformation économique du Sénégal serait rejetée.
L’ancien Premier ministre plaide également pour l’examen de mécanismes permettant une réduction ou une annulation partielle de la dette du pays.
Crise universitaire : critique de l’usage de la force
Concernant les événements survenus à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), ayant entraîné la mort d’un étudiant lors d’une intervention policière, Ousmane Sonko rappelle qu’une enquête est en cours.
Toutefois, il estime que les forces de l’ordre ont fait preuve d’un usage disproportionné de la force à l’encontre de jeunes manifestants désarmés, tout en attendant les conclusions officielles de l’enquête.
Homosexualité : une position conservatrice assumée
Interrogé sur le durcissement récent de la législation sénégalaise relative à l’homosexualité, Ousmane Sonko a défendu le choix du Sénégal de légiférer conformément à ses valeurs culturelles, religieuses et sociales.
Selon lui, le pays exerce pleinement sa souveraineté dans ce domaine et n’a pas à justifier ses décisions devant les partenaires occidentaux.
Cette position continue toutefois de susciter des débats au sein des organisations de défense des droits humains, tant au Sénégal qu’à l’international.
Un message d’apaisement malgré les divergences
Au-delà des sujets abordés, l’entretien révèle la volonté d’Ousmane Sonko de se positionner comme un acteur institutionnel majeur tout en préservant son autonomie politique.
S’il reconnaît désormais des divergences avec Bassirou Diomaye Faye, il cherche également à rassurer sur la stabilité des institutions et sur la poursuite du projet de transformation porté par le Pastef depuis son arrivée au pouvoir.
À trois ans de la présidentielle de 2029, cette interview apparaît comme une nouvelle étape dans la recomposition du paysage politique sénégalais.
Source : Entretien France 24/RFI. Analyse et rédaction : MamadouGalsen.

